
Au Moyen Âge, la majorité de la population européenne vit dans les campagnes. Mais à partir du XIIe siècle, les villes, qui avaient presque disparu au début de la période, redeviennent des centres de pouvoir et des sources de richesse. C’est cette « renaissance urbaine » que nous allons explorer dans ce chapitre.
1 -La naissance des villes
1.1. L’exemple de Bruges
La naissance de Bruges selon la Chronique de Jean le long, XIVe siècle
Extrait de la Chronique de Saint-Bertin par Jean le long, XIVe siècle
« Baudouin, le comte de Flandre, construisit une forteresse. Par la suite, pour les besoins et les nécessités de ceux de la forteresse, des marchands d’articles coûteux commencèrent à affluer près du pont du château ; ensuite des aubergistes se mirent à construire des maisons et à préparer des logements pour fournir à manger et à coucher ceux qui avaient à faire avec le seigneur. Leur formule était alors : « Allons au pont ! ». Les habitants s’y accrurent de telle sorte que bientôt naquit une ville importante qui, jusqu’aujourd’hui, conserve son nom vulgaire car Brugghe signifie pont en flamand. »
À partir de la fin du IXe siècle, la ville de Bruges se développe autour du château des comtes de Flandre. Reliée à la mer du Nord par la Reye, Bruges bénéficie d’une situation privilégiée, à côté des villes du Nord, de la Baltique et de l’Angleterre. Bruges tire profit de cette situation et développe un artisanat de transformation de la laine qui permet l’apparition et le développement de l’artisanat textile.
Au XIIIe siècle, la ville est prospère et sa population (50 000 habitants) est l’une des plus importante d’Europe. En 1253 elle rejoint la ligue de la Hanse et à la fin du XIIIe siècle, les plus riches marchands négocient avec le comte de Flandre et obtiennent une charte qui leur donne des droits qui jusque là n’appartenaient qu’aux comtes.
La charte communale de Bruges (d’après les chartes de 1281 et de 1304).
- Art. 1 : Le comte nommera tous les ans à Bruges 13 échevins. Quand il prend possession du pays, le comte doit jurer devant les échevins de conserver à la ville ses coutumes et ses règlements.
- Art. 10 : Le comte se réserve les amendes et les délits concernant les monnaies ainsi que le soin de réprimer les crimes commis contre la Sainte Église.
- Art. 26 : Si une personne quelconque est bannie de la ville, le comte ne pourra pas mettre la main sur ses biens.
- Art. 49 : Si le comte accuse les échevins d’avoir mal rendu la justice, et que leur décision est confirmée par les échevins des bonnes villes (Gand, Ypres, Lille, Douai), le comte leur doit réparation du déshonneur.
- Art. 65 : Les échevins et les conseillers ont le pouvoir d’établir des assises pour acquitter les dépenses et les dettes de la ville.
- Art. 67 : Le comte est tenu de promulguer les règlements faits par les échevins. Les échevins peuvent les annuler à volonté, mais ils doivent à ce moment là prévenir le comte.

Source : Manuel Magnard (DR).
Bruges en quelques dates
- 875 : Baudoin fonde le comté de Flandre. Première apparition du nom de Bruges.
- XIIe siècle : Agrandissement du bourg. On fortifie les murs et on construit des canaux.
- 1200 : La ville obtient du comte de Flandres, Philippe, le droit d’organiser un marché annuel, le « privilège du droit de ville » et des avantages fiscaux.
- Fin du XIIIe siècle : Les premiers marchands italiens s’installent à Bruges. Le commerce avec l’Orient se développe et la ville adopte de nouvelles techniques et financières.
- Fin du Moyen Âge : Bruges est la ville la plus riche d’Europe du Nord.
- Fin du XVe siècle : L’empereur Maximilien Ier restreint les droits de la ville qui décline rapidement. Anvers devient la première ville de Flandre.
1.2. Quels sont les pouvoirs des villes au Moyen Âge ?
En signant des chartes communales, les seigneurs se déchargent d’une partie de leurs pouvoirs. En échange, la prospérité des villes leur apportera de la renommée et des revenus plus importants.
Les personnes responsables de la ville qui forment le conseil de la ville sont appelés les échevins ou les consuls. Il se réunissent dans le palais communal. Ils font construire des beffrois, symboles de leur pouvoir. Leur pouvoir s’étend sur les villes, à l’intérieur des remparts, mais aussi sur les faubourgs et les campagnes alentour.

source de la puissance économique de la ville.
Source : Wikipédia.
Ce qu’il faut retenir :
Au XIIe-XIIIe siècles, les habitants des villes demandent une plus grande autonomie. Comprenant qu’ils y ont aussi intérêt, les seigneurs cèdent aux communes (nord) et aux consulats (sud) une partie de leurs pouvoirs et laissent les échevins ou les consuls gouverner la ville.
Les privilèges les plus courants accordés par les seigneurs concernent le commerce (droit de tenir un marché, d’entreposer les biens et denrées, etc.) et l’établissement de guildes. Certains de ces privilèges étaient permanents et pouvait impliquer qu’un « bourg » puisse prendre le titre de « ville ».
Certaines grandes villes deviennent des États à part entière comme Florence ou Venise.
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Source : Base Sigilla
VOCABULAIRE : Charte communale – échevin/consul – beffroi – artisanat – faubourg – mer Baltique
2. Qui sont les habitants des villes ?
Les activités principales des habitants d’une ville sont l’artisanat et le commerce.

(Val d’Aoste – Italie)
Source: Wikipédia
2.1. L’organisation des métiers.
Exemple : Le métier des draps.
Voici certaines étapes de la fabrication des draps, représentées sur les vitraux de l’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois (Bourgogne).
Il s’agit dans l’ordre de : désuintage et ensimage, peignage, teinture, tissage, foulage, lainage, tondage et cartissage.
Chaque étape est un métier régi par des règlements qui portent sur la qualité des produits et les conditions de travail et d’accès au métier.
Règlement des foulons de Bruges (extraits du Statut du métier des foulons, 1303)
« 1. Les jurés puniront ceux qui font mal leur métier.
2. Le temps d’apprentissage est fixé à deux ans pour les fils de foulons, trois ans pour les autres.
3. Les compagnons qui veulent passer maitres paient au métier vingt sous s’ils sont fils de foulons, les autres trente sous.
4. Les maitres doivent payer les salaires la veille du dimanche.
5. Nul homme du métier ne peut travailler le soir à la lumière.
6. Il est défendu de travailler le samedi après-midi.
7. Il est défendu d’employer d’autres ingrédients que le beurre et le suint pour le foulage des étoffes.
8. Sont exclus du métier tout individu qui ne porte pas pour cinq sous de vêtements, tout excommunié, et quiconque tient ménage avec une femme qui n’est pas la sienne. »
Questions :
Comment devient-on foulon ? Qui est avantagé pour devenir foulon ?
Qui est protégé par ce genre de règlement ?
Ce qu’il faut retenir :
Les métiers sont organisés et dirigés par des maîtres-jurés qui participent au gouvernement de la ville. La production étant très organisée, les ateliers et les boutiques sont souvent regroupés dans le même quartier ou la même rue, rues qui portent encore aujourd’hui la marque de cette histoire.
On apprend le métier en étant d’abord apprenti puis on devient compagnon et on travaille pour un maitre. Le nombre d’apprentis, de compagnons et de maitres est règlementé.
Quels métiers reconnaissez vous sur ces images ?
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Vocabulaire : bourgeois – métier – drap – foulon – maitre/compagnon/apprenti/juré
Activité à faire sur le cahier :
1. Ouvrez ce document publié par la mairie de Rouen qui comporte des plans de la ville.
2. À la page 6 vous trouverez un plan du centre rive droite (voir ci-dessous).
3. Sur ce plan, parmi les rues qui se trouvent entre les boulevards et les quais, relevez 15 noms de rues ou de places qui ne soient pas des noms de personnes.
4. Utilisez ce site pour trouver l’origine du nom des rues que vous aurez trouvées.
5. Pouvez vous les classer en plusieurs catégories et si oui, lesquelles ?

Source : rouen.fr
3. Un commerce européen florissant
3.1. Flandre et Italie du nord dessinent le cœur de l’Europe.
D’après le récit de voyage d’un cordouan :
Pero Tafur
Bruges est une grande ville très riche, et l’un des principaux marchés au monde.
On considère généralement que deux villes luttent pour la suprématie commerciale : à l’ouest, la Bruges flamande et, à l’est, Venise. Il me semble pourtant, et je ne suis pas le seul de cet avis, que l’activité commerciale de Bruges dépasse celle de Venise. On m’a dit que certains jours, 700 bateaux arrivent au port. […].
On trouve ici des produits d’Angleterre, d’Allemagne, du Brabant, de Hollande, de Zélande, de Bourgogne, de Picardie, et d’une bonne partie de la France.
Voyages et aventures, 1435-1439.

Bening Simon (vers 1483-1561)
Allemagne, Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Abteilung Karten und Bilder
Ce qu’en dit un historien.
D’après Charles de la Roncière, L’Europe au Moyen Âge, tome 3, Armand Colin, 1969.
Du nord de l’Angleterre viennent laines, cuir, plomb, étain, charbon de roche, fromage. Du royaume d’Écosse, laine, cuir, fromage et suif. Du royaume d’Irlande, cuir et laines. Du royaume du Danemark : chevaux, cuir, graisse, porc, cendre, harengs. Du royaume de Russie : cire fourrure d’écureuil et cuivre. Du royaume de Hongrie: cire, or, argent. Du royaume de Pologne : or et argent, cire, fourrure d’écureuil et cuivre. Du royaume d’Andalousie : miel, huile d’olive, peaux, cire, grandes figues et raisin. Du royaume de Jérusalem, du royaume d’Égypte et du Soudan : poivre et toutes les épices.
Et de toutes ces royaumes et terres susdites, viennent marchands et marchandises en la terre de Flandre sans compter ceux qui viennent du royaume de France, et de Poitou et de Gascogne.
Ce qu’il faut retenir :
La Flandre et l’Italie du nord deviennent les deux plus importantes régions commerciales d’Europe. Entre les deux, les foires de Champagnes sont au centre des routes commerciales.

Source : Le Livre Scolaire (DR)
3.2. Des techniques commerciales qui se modernisent.
Afin de développer le commerce international, les marchands italiens vont développer des techniques commerciale modernes qui seront ensuite adoptées partout en Europe, comme l’assurance et la lettre de change. C’est la naissance des premières banques.
[N.B. : Une petite erreur dans la vidéo sur l’origine du mot « banque » sera vite corrigée en lisant cette page consacrée aux tables de changeurs.]
Vocabulaire : Baltique – Flandre – Italie du nord – Champagne – foire – lettre de change.
Le coin des curieux
- Dans la rubrique « Les essentiels de la BNF », un chapitre est consacré aux villes médiévales.
Des explications claires magnifiquement illustrées par des enluminures somptueuses en haute définition. - Dans le cadre d’une exposition en ligne sur le thème de l’enfance au Moyen Âge, la BNF vous propose des miniatures choisies pour vous faire découvrir les villes, les boutiques et les métiers.
- Une émission de radio pour comprendre le rôle des guildes et des corporations de métiers.
- Pour tout savoir sur la fabrication du drap en Normandie au Moyen Âge d’après les règlements de métiers.
- Métiers urbains au Moyen Âge, un dossier disponible sur Gallica- BNF
- La base des sceaux conservés en France.
- Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement (en italien Allegoria ed Effetti del Buono e Cattivo Governo) est un ensemble de fresques d’Ambrogio Lorenzetti placées sur les murs de la Sala dei Nove (la salle des Neuf) ou Sala della Pace (salle de la Paix) du Palazzo Pubblico de Sienne.
Image d’ouverture de l’article : Illustration d’un manuscrit du début du XVIe siècle, réalisé pour Robert Stuart, maréchal de France et chevalier de l’ordre de Saint Michel, représentant probablement une rue de Paris au XVe siècle.